Pour la 8ème année consécutive, la Sacem organise un cycle de projections de films sur la musique au Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon
Gilberto Gil « s’est engagé pour les droits de l’homme, la justice sociale et la protection de l’environnement… Il a mis la culture à portée de tous ».Tel est le portrait dressé par Koffi Annan, ancien Secrétaire Général de l’ONU.
L’engagement fait partie intégrante de la vie de ce musicien hors pair, du militantisme étudiant et artistique aux prises de fonctions politiques municipale, nationale comme ministre de la Culture de Lulla entre 2003 et 2008, internationale en tant qu’Ambassadeur de bonne volonté pour le FAO ou en créant la fondation pour l’écologie « Onda Azul ». Gil « est disponible pour toutes les causes qui en valent la peine ». Mais c’est en tant qu’artiste, libéré de ses fonctions politiques, que Gil nous permet de le suivre pour évoquer sa vie et sa famille, sa musique, ses engagements politiques et humanistes et ses espoirs de ne plus jouer de rôle important.
Né dans une famille métisse influente, la jeunesse de Gil, au milieu des années 60, a été marquée par les tensions estudiantines et l’agitation artistique. Musicien de bossa nova, il fonde, avec Caetano Veloso, le tropicalisme, mouvement culturel brésilien inscrit dans la mouvance internationale. Il compose des chansons politiques et exacerbe l’activisme social. Après deux mois de prison et cinq mois en résidence surveillée pendant la dictature militaire, il opte pour l’exil à Londres où il participe au mouvement musical qui le fascine.
De retour au Brésil en 1973, il peut enregistrer l’album Refazenda, puis Refavela en Afrique. Adepte de la contre-culture, le voici se passionnant pour les cultures du monde. Descendant d’esclaves, Gil participe au Festival des Arts Nègres de 1977. Il voit l’Afrique comme le berceau du Brésil. Occupant le poste de secrétaire pour la Culture de Salvador, un volet de sa politique est consacré à la culture noire afin de lui donner enfin un statut.
L’immensité du territoire brésilien le conduit à prôner la diversité culturelle, le respect des populations métisses et indigènes notamment pour intégrer leur vie culturelle selon leurs propres traditions, en valorisant aussi les relations avec les cultures venues d’Europe et d’Asie.
A la vie politique répondent exigences de disponibilité pour la chose publique et respect des règles administratives. Aussi Gilberto Gil a-t-il compris que le moment était venu de quitter le ministère lorsqu’il ne reposait plus sur sa présence et que le besoin de musique a ressurgi si intensément. En répétition avant un concert avec l’un de ses huit enfants, Bem, Gil précise « la musique dirige ma vie, elle est ce que je veux ».
Texte de présentation du catalogue des Films sur la Musique
O ano do Brasil, (78 '), production Dominique Dreyfus (TVE, 2006)
Enrico Macias - Le chant de la mémoire (52 ', Odyssey, 2005) MPB, Brazilian Popular Music (13 x 4 '), exposition MPB, la Musique Populaire Brésilienne (Cité de la Musique Paris, 2005)
Si l'Olympia m'était contée (52 ', Planet, 2004)
Gilberto Gil - About tempos and (26 ',RFO, 2003)
La révolution tropicaliste (52 ') un film de Yves Billon et Dominique Dreyfus (Mezzo, Histoire, TV5, TV Cultura, 2002)
Les dessous de la lambada (52 ') un film de Yves Billon et Dominique Dreyfus (2001 Planet)
A Trip to Brazil (2 x 52 ') un film de Dominique Dreyfus and Thorsten Schutte (2001 Arte)
Samba Opus 1 - 5 (5 x 52 ') un film de Yves Billon, direction artistique Dominique Dreyfus (M6, 1998)
Route de l'Or (26 ') un film de Claude Gallo et Dominique Dreyfus (TF1, 1981)
La Route du Diamant (26 ') un film de Claude Gallo et Dominique Dreyfus (TF1, 1981)
Consulter les articles, portraits, chroniques sur Gilberto Gil sur le site de Mondomix
mercredi 27 juillet 2011
Film du mercredi 27 juillet
Aigues-Mortes - Cinéma Marcel Pagnol
LE REGARD DE GEORGES BRASSENS
Un film de Sandrine Dumarais
2011, 52 min
Au cœur de ce documentaire, des films amateurs tournés entre 1953 et 1957 par Brassens ou par ses amis. Ainsi, nous redécouvrons ou faisons simplement mieux connaissance avec le poète, dont les chansons sont empreintes de son histoire personnelle. Ces archives témoignent de cette période clef où Brassens a rencontré le succès et sortait de l’anonymat. Il lui est prédit qu’il sera en quelque sorte « panthéonisé ».
Ce portrait ne prétend pas à l’exhaustivité mais bien plus à montrer une tranche de la vie de l’auteur-compositeur-interprète, avec en écho, son œuvre. En résonnance, la surprise de ses proches découvrant ces images. L’anarchiste perçu parfois comme bourru et insolent, toujours réservé, fait preuve d’une sincérité incroyable et montre son amour éperdu de liberté.
Nous sommes d’abord avec ses parents, mais aussi, bien évidemment, avec les « Auvergnats », Jeanne et Georges, ce couple fort modeste chez qui loge Brassens peu après son arrivée à Paris après ses quelques larcins (cf. Les Quatre Bacheliers). Comme le souligne Juliette Gréco, Jeanne « détenait un trésor, mais lui ne savait pas qu’il était un trésor… Jeanne, cette femme simple et généreuse, amour de jeunesse de Brassens et au cœur de nombre de chansons ».
Brassens se lassait des auditions infructueuses lorsque, en 1951, son vieil ami, Victor Laville lui permet de chanter LeGorille et La Mauvaise Réputation devant Patachou. Elle est impressionnée, plus encore face à son cahier de chansons. C’est le début de la reconnaissance par les artistes et par le public. Un succès tel que des curés comparent Brassens au diable et tentent d’interdire ses concerts.
La notoriété le prive néanmoins d’une certaine liberté. Brassens dira vouloir acheter un costume de scaphandrier pour pouvoir à nouveau se déplacer incognito : « A l’homme de la rue, j’avais des comptes à rendre ». Et les rumeurs vont aussi bon train sur sa vie privée, elles deviennent chansons : Trompettes de la renommée, A l’ombre des Maris…
L’amour de sa vie, Püpchen, transparaît aussi dans son œuvre (La Non Demande en Mariage mais aussi J’ai rendez-vous avec vous, Je me suis fait tout petit (devant une poupée), Saturne, Rien à jeter). Bernard Lonjon, ami et biographe, rappelle combien cette relation poursuivie jusqu’à la mort de Brassens était, à ses débuts, quasi clandestine.
Dans ses derniers films, Brassens et ses proches profitent des joies simples des vacances à la mer. Le bateau lui permettait de retrouver un peu d’intimité, à l’écart du public ; désormais il ne lui était plus possible de filmer ailleurs que chez lui et il n’a plus tourné après 1957.
Voir la bande-annonce du film
La réalisatrice et intervenante-débat : Sandrine Dumarais
Née le 20 mars 1971 à Autun (71).
Filmographie
Tournage, écriture et réalisation de Une école dans un Théàtre (dans la collection documentaire « A l'école du talent »), documentaire de 52 minutes co-produit par Comic Strip Production, France Télévision. Diffusion sur France 3 avril 2010.
Tournage, écriture et réalisation de Brel, Brassens , Ferré, trois hommes sur la photo, documentaire de 52 minutes co-produit par Comic Strip Production, France 3, l'INA et la RTBF - préachat de la TSR. Selection au FIPATEL. Diffusion sur France 3 premier semestre 2009.
Documentaliste et participation à l'écriture de Danielle Mitterrand, l'insoumise, documentaire de 58 minutes, réalisé par Thierry Machado, co-produit par Gédéon Programmes et Arte. Diffusion sur Arte premier semestre 2008.
Écriture et réalisation de Caty, Christine, Gretta, des femmes lumineuses documentaire de 26 minutes dans le cadre de la série A Vous de Voir diffusée sur France 5 le 4 mars 2006 - Produit par Bleu Krystal Média
Tournage, écriture et réalisation de Jean Louis Trintignant, j'ai rendez vous avec vous documentaire de 52 minutes Coproduit par Comic Strip Production France 3 Alsace et CinéCinéma avec la participation de la TSR. Sélection au FIPATEL. Diffusé sur France 5 et sur Arte.
Ecriture et réalisation de «Le Roman d'une Vie Albertine Sarrazin » documentaire de 52 minutes. Une coproduction France 3 Sud-Comic Strip Production. Diffusion sur France 3 Sud le 25/09/2004 et sur France 3 le 28/09/2004 Sélectionné au FIPATEL - En compétition au Festival de l'Encre à l'Écran
Ecriture et réalisation de « Village d'Enfants » documentaire de 52 minutes. Coproduit par Skopia Film , TV10 Angers et Canal le Mans avec le soutien du Conseil Général de la Nièvre
Ecriture et réalisation de « François Mitterrand, Terre d'élection » documentaire de 52 minutes (Beta SP). Coproduit par Pathé Télévision et France 3 Bourgogne-Franche Comté. Diffusion le 6/01/01 sur France 3 bourgogne, le 27/01/01 sur Région et le 7 janvier 2002 sur France 3.
Ecriture, production et réalisation de « À la Campagne » court-métrage de fiction de 17 minutes (35mm). Sélectionné au festival De Nevers à l'aube 98, au festival Da Kino de Bucarest 98, au Vendredi du Court du Cinéma des Cinéastes mars 98, au FIPA 98.
« Alfred Deller n’était pas en premier lieu un chanteur, état qui se définit habituellement par le fait d’avoir une voix merveilleuse. Il était davantage un musicien – c'est-à-dire un cran au-dessus, et qui plus est un chanteur-musicien exceptionnel parce que pour lui, la musique devait servir le texte» ainsi le décrit Gustav Leonhardt.
Benoît Jacquot a reçu les confidences de Deller, dont la voix de haute-contre a tant contribué à la renaissance de la « musique ancienne » : Purcell, Philip Rosseter, Thomas Morley, chants anonymes... Il ne s’est pas pour autant cantonné à ce seul répertoire puisque son contemporain, Benjamin Britten lui a écrit le rôle d’Oberon (Le Songe d'une nuit d’été).
Adolescent, Deller chantait encore, en tant que soprano, à la chorale de son église et notamment les solos pour garçons ou le Messie d’Haendel. C’est là qu’il fut repéré par le compositeur Michael Tippett. Bien que n’ayant pas reçu une éducation musicale traditionnelle, Deller a développé une technique de chant lui permettant de conserver et développer sa voix d’enfant et ses sonorités.
Et avec sa technique, il n’a jamais eu besoin de faire des vocalises. Son travail préparatoire consistait à chanter et chanter encore, mais aussi à répéter intérieurement et intellectuellement les œuvres afin de réfléchir au contrôle des intonations et à leur interprétation.
Fidèle aux chœurs de la Cathédrale Saint-Paul (de 1947 à 1961), il fonda le Deller Consort afin de permettre à plusieurs solistes de travailler ensemble et de traiter « cette littérature comme la musique de chambre comme un quatuor ». Leur répertoire a compris des compositeurs anglais, allemands, français ou italiens ; mais pour Deller, Purcell, mieux que quiconque, a su établir la relation entre les mots et la musique pour en faire un langage à part entière.
Il a eu tôt conscience que sa voix susciterait des réactions du public en espérant qu’elles s’estompent vite pour se concentrer sur l’essentiel : la musique et son langage. Deller aurait pu chanter avec une autre tessiture, par exemple baryton léger mais avec une qualité ne lui convenant pas dans les registres bas. Il a donc muri son choix en développant sa voix de haute-contre afin de susciter les émotions du public. Comparant la musique aux autres disciplines artistiques, Deller souligne « un peintre trouvera plus de choses dans un chef d’œuvre que moi, mais mon plaisir existe ». Et Deller a eu un public fidèle tout au long de sa carrière.
Présentation de la séance
L'intervenant-débat
OLIVIER BERNAGER. Après des études de philosophie et d'hébreu et une solide formation musicale en autodidacte (Piano, Ecriture, Esthétique musicale), Olivier Bernager se fait connaître en participant à la revue « Musique en Jeu » et en animant divers forums de musique contemporaine. Remarqué par le Direction de France Musique, il y fait ses débuts en 1974. Avec cinq de ses collègues, il participe à la création du « Matin des musiciens », émission pour laquelle il produit une trentaine de séries.
A partir de 1979, il se spécialise dans les magazines d'actualité avec notamment « Les champs de la terre » sur la musique traditionelle, « Microcosmos » sur l'éducation musicale. Après quatre années de 18h00/20h00, il anime pendant plusieurs années les matinales (7h00/9h00) de France Musique : « L'imprévu », et « Musique Matin ». A partir de 1998 il est responsable de plusieurs émissions de débat dont : « Le Conservatoire » et « Ouvert le Dimanche », puis se tourne vers la programmation avec « Le cabinet de curiosités » et son émission actuelle : 'XXème Parralèle ».
A travers une Société de Production de Documentaires qu'il créée en 1995, Ludwigvan, il produit des portraits d'artistes réalisés par Michel Dieuzaide : « Madeleine, épouse Milhaud », « Humair, solitaire solidaire », « Vlado Perlemuter, un pianiste ». Il produit et réalise également plusieurs spots publicitaires TV pour Sony et Philips ainsi que des films institutionnels. Pour la télévision, il est co-auteur avec François Manceaux de la collection « Une leçon particulière de musique » (Production Com'unimage) dans laquelle il insuffle les mêmes principes d'exigence que pour ses émissions de radio. Cette collection est éditée en 2011 sous le label Harmonia Mundi et fait l'objet d'une rediffusion complète par Arte pour l'anniversaire de ses 20 ans. Cet événement le conduit à créer avec François Manceaux le label Okarinamusique.com pour valoriser la « pédagogie musicale en images ». Il est l'auteur de nombreux articles (Encyclopedia Universalis, Monde de la Musique, Classica...), d'un recueil de poésies publié chez Cadex Editions et d'une série de nouvelles. Il est aussi un pianiste amateur passionné et averti.
Le contre-ténor Alfred Deller naît à Margate, dans le Kent (Angleterre), le 31 mai 1912. Enfant, il chante comme soprano dans les chœurs d'église. Très tôt il pressent la différence de sa voix : en effet, au sortir de l’enfance, il réalise que s’il perd sa tessiture de soprano, celle-ci demeure aigue et d’une surprenante élasticité. Seul il se forge alors une voix de contre-ténor, tessiture disparue depuis près de deux siècles… En 1940 il rejoint la chorale de la Cathédrale de Canterbury. Il y demeure jusqu’en 1947. Entretemps, en 1943, Michael Tippett, qui a noté ses dons, sa particularité, lui fait faire ses débuts à Londres. Le jeune contre-ténor soliste est découvert par le public dans le répertoire de Purcell. Sa carrière, posée sur les fonts baptismaux du répertoire baroque, des musiciens anglais des XVIeme et XVIIeme siècles, semble aussitôt prometteuse. Dès 1946 et ses premières émissions radio, il est salué par la critique. Trois ans plus tard, devenu membre des chœurs de la Cathédrale Saint-Paul de Londres, il participe à son premier enregistrement (« Music for a while », d’Henry Purcell, pour His Master’s Voice Recordings), avec Walter Bergmann. Mais dès avant, en 1948, il a fondé le Deller Consort avec le luthiste Desmond Dupré avec qui il collabore étroitement et enregistre notamment son deuxième disque, consacré à John Dowland (78 tours paru également chez HMVR en 1949). Ses essais discographiques participent à la redécouverte de la musique ancienne : il enregistre donc Purcell et Dowland, mais aussi Ciconia, Dunstable, Dufay, Gabrieli, Campion…). Sa carrière prend un tour international au milieu des années 1950, au même moment qu’il enregistre ses « English folk Songs » pour Vanguard (1956). Les tournées, jusqu’en 1979, s’organisent en particulier du travail d’exhumation du répertoire baroque (au sens large cependant, car il déborde avant et après l'ère élisabéthaine, avec des recherches sur le XVIIIème siècle, sur l'époque moderne mais aussi le Haut Moyen Âge) auquel se livre le Deller Consort. Sans dédaigner les escapades vers la musique contemporaine (en 1960, il chante le rôle d’Oberon, dans « A Midsummer Night’s Dream, rôle que Britten a écrit spécialement pour lui), il participe donc essentiellement au réveil du répertoire baroque, oublié et méconnu. Un répertoire dont la reconnaissance se joue surtout dans les années 1960-1970 autour, outre les tournées, de la cinquantaine de disques enregistrés chez Harmonia Mundi entre 1968 et 1979 (la discographie plus ancienne se fait chez Vanguard et Amadeo notamment), des festivals (Les Baux, Avignon pour « l’âge d’or » vauclusien du Deller) et de l’Académie d’été de musique anglaise où Alfred Deller et son fils Mark (membre du « Deller » à partir de 1964) dispensent leur savoir et font école, d’abord à l’Abbaye de Sénanque, puis à Lacoste. Entouré des luthistes Desmond Dupré, puis Robert Spencer, du claveciniste Harold Lester, des chanteuses et chanteurs Honor Sheppard, Maurice Bevan, Mark Deller entre autres, il est donc, des années 1940 aux années 1970, au cœur de la réhabilitation de la musique baroque. Musique à laquelle, dès la fin des années 1940, il donne sa touche propre : finesse et légèreté de l’interprétation, liberté avec le rythme ; autant de qualités forçant, avec le bonheur que l’on sait, à repenser la musique ancienne d’une façon originale, respectueuse de la « lettre » et malgré tout fraîche et spontanée, en un mot vivante, pour un répertoire qui était donné pour mort. Alfred Deller est décédé le 16 juillet 1979 à Bologne, en Italie.
Benoît Jacquot débute en 1965 comme assistant réalisateur de Marcel Carné, de Roger Vadim et de Marguerite Duras. Il travaille ensuite pour la télévision. Rompant avec l'esthétique de la Nouvelle Vague et suivant le travail de Robert Bresson, Benoît Jacquot réalise en 1975 un film inspiré d'une nouvelle de Fedor Dostoïevski, L'assassin musicien. L'immobilité de la caméra, le nombre réduit de plans, la voix monocorde des comédiens en font un film froid et austère qui sort en salle dans une relative confidentialité. Dès cette première oeuvre, Benoît Jaquot se révèle exigeant et difficile, polarisé par une approche analytique des scénarios. Après Les enfants du placard (1976), un deuxième film tout aussi difficile par son refus de la dramatisation et de l'émotion, malgré un rythme plus rapide, le réalisateur tourne Les ailes de la colombe (1980) d'après Henry James, avec Isabelle Huppert et Dominique Sanda. Il tourne en 1986 Corps et biens, un polar adapté du roman Tendre femelle de James Gunn, et Les mendiants d'après le roman éponyme de Louis-René des Forêts, un film construit comme un puzzle. Avec La désenchantée (1989), interprété par Judith Godrèche, il s'éloigne du cinéma d'auteur à la lisière de la marginalité et adopte une approche plus réaliste de ses personnages, plaçant ces derniers au centre du film. A l'instar de Judith Godrèche, Virginie Ledoyen, dans La fille seule (1995), apparaît dans chaque plan, et le film adopte son rythme, de façon à exprimer sa vivacité et sa soif de vivre. Le septième ciel (1997), avec Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon, est le premier succès public du réalisateur. En 1998, il retrouve Isabelle Huppert dans une adaptation d'un roman de Yukio Mishima, L'école de la chair : une femme travaillant dans le milieu de la mode tombe amoureuse d'un jeune homosexuel qui vit d'expédients. Le film est présenté au Festival de Cannes. En 1999, il dirige Fabrice Luchini, Vincent Lindon et Isabelle Huppert dans Pas de scandale. S'ensuit une période prolifique marquée par la réalisation de films "à costume": La fausse suivante (2000), captation filmique d'une pièce de théâtre de Marivaux; Sade (2000), l'adaptation des écrits du Marquis de Sade; Tosca (2001), une version sur grand écran de l'opéra du même nom; ou encore Adolphe (2002), avec Isabelle Adjani et Stanislas Merhar. La femme, figure centrale du cinéma de Benoît Jacquot, est à nouveau mise à l'honneur dans A tout de suite (2004), L'intouchable (2006) avec Isild Le Besco et Villa Amalia (2008), son cinquième film avec Isabelle Huppert. Portraits de femmes et mise en exergue de la fascination que Jacquot éprouve à l'égard de celles-ci.
Benoît Jacquot réalise entre 1970 et 1976 des films pour l'INA. Pour la télévision, il adapte en 1994 La vie de Marianne de Marivaux. Il est l'auteur de documentaires sur le psychanalyste Jacques Lacan, le chorégraphe Merce Cunningham, l'écrivain Marguerite Duras. Il adapte pour le petit écran des spectacles conçus pour la scène : Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline et L'étonnant voyageur, tous deux interprétés par Fabrice Luchini ; Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès ; Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée d'Alfred de Musset.
The Hidden Heart fait découvrir Britten à travers sa relation avec le ténor Peter Pears. Le film se divise en trois parties où trois de ses œuvres principales (Peter Grimes, War Requiem, Mort à Venise) sont décortiquées, de leur genèse à la production et à l'accueil du public, ainsi que leur impact sur le compositeur. Outre les archives, les extraits de représentations récentes et les témoignages perspicaces des proches du couple contribuent à la poésie et la profondeur du film.
Ils se rencontrent à Londres. Britten est alors un jeune compositeur prometteur et Pears un chanteur plus confirmé. C’est le coup de foudre immédiat, leurs destins sont dès lors liés l’un à l’autre : « Benjamin trouvant dans la voix de Peter le véhicule parfait pour sa musique et Peter dans l’œuvre de Benjamin la musique parfaite pour sa voix » (Sue Phipps, nièce de Peter Pears)
Objecteur de conscience et pacifiste, après un séjour de trois ans aux Etats-Unis, Britten rentre à Londres, en 1943, après avoir lu un article qui l’inspire pour sa première œuvre magistrale : l’opéra Peter Grimes (1945). La première est donnée au Sadler’s Wells Opéra, malgré l’hostilité de certains musiciens envers celui qui n’a pas participé à la guerre. Le premier apprenti de Britten témoigne du succès: une fois le rideau baissé, un silence total pendant environ 30 secondes puis des applaudissements sans fin, « le souvenir de toute une vie » !
La soirée propulse la carrière de Britten. Lui seul peut alors recevoir la commande pour la réouverture de la Cathédrale de Coventry, détruite par des bombardements en 1940. War Requiem (1962) est une œuvre essentielle, où Britten expose son pacifisme, choisissant un ténor britannique (Peter Pears), une soprano russe et un baryton allemand. Le gouvernement soviétique interdit toutefois à Galina Vichnievskaïa de participer au concert. L’impact de la représentation est inouï : des gens agenouillés, un silence de mort, des sanglots à n’en plus finir…
Dans les années 70, Britten ne crée plus l’évènement. En composant Mort à Venise (1973), il créé son œuvre la plus personnelle, reflet de son angoisse intérieure, parlant d’amour et d’homosexualité, de beauté et de jeunesse, de la quintessence de ses idées sur l’opéra. Mais Britten est malade et il semble pressentir que cette œuvre est sa dernière. Jusqu’à la fin, Peter Pears est à ses côtés, l’échange de lettres, concluant ce documentaire, atteste combien l’un et l’autre se sont aimés et combien leur art a été magnifié par le talent de l’autre.
Présentation de la séance
OLIVIER BERNAGER. Après des études de philosophie et d'hébreu et une solide formation musicale en autodidacte (Piano, Ecriture, Esthétique musicale), Olivier Bernager se fait connaître en participant à la revue « Musique en Jeu » et en animant divers forums de musique contemporaine. Remarqué par le Direction de France Musique, il y fait ses débuts en 1974. Avec cinq de ses collègues, il participe à la création du « Matin des musiciens », émission pour laquelle il produit une trentaine de séries.
A partir de 1979, il se spécialise dans les magazines d'actualité avec notamment « Les champs de la terre » sur la musique traditionelle, « Microcosmos » sur l'éducation musicale. Après quatre années de 18h00/20h00, il anime pendant plusieurs années les matinales (7h00/9h00) de France Musique : « L'imprévu », et « Musique Matin ». A partir de 1998 il est responsable de plusieurs émissions de débat dont : « Le Conservatoire » et « Ouvert le Dimanche », puis se tourne vers la programmation avec « Le cabinet de curiosités » et son émission actuelle : 'XXème Parralèle ».
A travers une Société de Production de Documentaires qu'il créée en 1995, Ludwigvan, il produit des portraits d'artistes réalisés par Michel Dieuzaide : « Madeleine, épouse Milhaud », « Humair, solitaire solidaire », « Vlado Perlemuter, un pianiste ». Il produit et réalise également plusieurs spots publicitaires TV pour Sony et Philips ainsi que des films institutionnels. Pour la télévision, il est co-auteur avec François Manceaux de la collection « Une leçon particulière de musique » (Production Com'unimage) dans laquelle il insuffle les mêmes principes d'exigence que pour ses émissions de radio. Cette collection est éditée en 2011 sous le label Harmonia Mundi et fait l'objet d'une rediffusion complète par Arte pour l'anniversaire de ses 20 ans. Cet événement le conduit à créer avec François Manceaux le label Okarinamusique.com pour valoriser la « pédagogie musicale en images ». Il est l'auteur de nombreux articles (Encyclopedia Universalis, Monde de la Musique, Classica...), d'un recueil de poésies publié chez Cadex Editions et d'une série de nouvelles. Il est aussi un pianiste amateur passionné et averti.
En 1927, à l'âge de treize ans, BRITTEN prend des cours de composition avec Frank BRIDGE dont l'influence sera décisive.
De 1930 à 1933, il étudie au Royal College of Music de Londres sous la direction de John IRELAND pour la composition et d'Arthur BENJAMIN ainsi qu' Harold SAMUEL pour le piano.
Mais c'est en 1934, lors du Festival de la Société Internationale de Musique Contemporaine à Florence, que BRITTEN fait brillamment son entrée en scène en tant que compositeur avec la création du QuatuorFantaisie pour hautbois et cordes.
Durant la seconde guerre mondiale, il est objecteur de conscience et échappe au service militaire.
En 1945, la création de Peter Grimes marque le début de sa carrière de musicien dramatique ainsi que la naissance de l'opéra anglais moderne.
En 1947, BRITTEN crée l'English Opera Group et en 1948, il fonde avec le chanteur Peter PEARS le Festival D'Aldeburgh, qui devient rapidement une institution culturelle de la plus haute importance en Angleterre.
BRITTEN reçoit l'ordre du mérite en 1965 et en juin 1976, quelques mois avant sa mort, la reine Elisabeth II l'élève au rang de pair de Grande-Bretagne, faisant de lui le premier compositeur à porter le titre de lord.
BRITTEN est le compositeur le plus important de la musique anglaise du XXème siècle.
C'est un éclectique dans la mesure où il subit des influences très diverses avec les Elisabéthains, VERDI, MAHLER et DEBUSSY. Mais BRITTEN s'exprime dans un langage très personnel dont l'exigence, l'originalité et la fantaisie constituent les traits dominants.
S'il a consacré la majeure partie de sa vie au théâtre lyrique, il est aussi l'auteur d'oeuvres symphoniques et de musique de chambre dans lesquelles se manifestent une vive originalité d'écriture et un lyrisme intense.
OEUVRES MARQUANTES
- 1939 Les Illuminations, cycle de chant
- 1940 Sainfoin da requiem
- 1945 Peter Grimes, opéra
- 1946 Variations et fugue sur un thème de PURCELL
- 1946 The Rape of Lucrecia, opéra
- 1949 Spring symphony
- 1951 Billy Bud, opéra
- 1953 Gloriana, opéra
- 1954 The turn of the screw, opéra de chambre
- 1962 War Requiem
Biographie réalisée par le service de documentation de Radio France
PETER GRIMES
Le héros du premier opéra de Benjamin Britten suscite plus de soixante ans après sa création (1945), un débat jamais résolu. Est ce parce que au fond des choses, dans leur identité tenue secrète par le compositeur, les personnages de Britten se dérobe à toute identité claire, parlant au nom de leur concepteur pour une ambivalence qui nourrit leur forte attraction? Rien de plus fascinant sur la scène qu'un être véritable, contradictoire et douloureux, exprimant le propre de la nature humaine, velléités, espoirs, fantasmes, soupçons, poison de la dissimulation, terrible secret. A la manière des héros d'Henri James, le héros ne livre rien de ce qu'il est : il laisse en touches impressionnistes, suggestives, affleurer quelques clés de sa complexité. A propos de Peter Grimes, Britten et son compagnon le ténor Peter Pears qui créa le rôle, reviennent à plusieurs reprises sur l'identité du héros : solitaire et presque sauvage mais bon et foncièrement compassionnel. Sa différence se révèle dans le rapport à la société qui l'entoure : "à part" : donc coupable. Le soupçon qu'il suscite, vient de sa différence. Est-il coupable d'avoir tuer ses apprentis pêcheurs? Britten en épinglant le naturel accusateur des citoyens, décrit la haine du différent, la délation facile, la peur de l'autre. Que Grimes cache un autre secret : tel serait en définitive le vrai sujet, mais infanticide, il ne l'est pas. L'homme incarne la figure du paria car il y a en lui, terrée, imperceptible, une profonde et inavouable blessure. Sa nature sombre et brutale favorise le soupçon. Il est en décalage avec le monde, un "idéaliste torturé". En cela, Britten n'a pas franchi la frontière de la barbarie et de la méchanceté du personnage de Georges Crabbe (1754-1832) dont le Poème a inspiré le sujet de son opéra. Britten reprend le cadre, ce lieu battu par les vents et les embruns, le village d'Alteburgh, village de marins mais surtout berceau du compositeur. Mais il s'autorise un changement primordial dans la personnalité du héros.
Peter Grimes, anecdote ou mythe? L'idée d'un enfant sacrifié, image récurrente dans l'oeuvre de Britten, exprime la perte de l'état d'enfance et d'insouciance. Le héros de Britten est un être tragique, auquel fut arrachée trop tôt l'innocence au monde. La force de la souillure originelle poursuit le compositeur. Certains ont souhaité donner à la figure de Peter Grimes, le visage de l'homosexuel honni. C'est vrai et c'est faux. Vrai, pourquoi pas ? Britten et Pears ne cachaient rien du couple qu'ils formaient. Et alors? Avons-nous envie d'ajouter. En quoi cela éclaire-t-il la perception et surtout la compréhension de l'oeuvre? Il s'agit plutôt d'une allégorie contre l'intolérance. Tout autre relecture aussi pertinente soit-elle, mise en rapport avec la vie et l'identité de l'auteur, réduit considérablement la portée de l'oeuvre. D'ailleurs, lorsque John Vickers chante le rôle, il refuse de ne voir en Peter Grimes, qu'un homosexuel car cela enferme la perception du personnage dans une vision étroite et anecdotique, voire colle au rôle une revendication militante qui est étrangère à la sensibilité de Britten. Les interludes marins élèvent manifestement l'ouvrage au niveau de l'allégorie : la légende tragique de Grimes gagne grâce aux commentaires de la musique, une portée poétique indiscutable, rehaussant l'anecdote marine à l'échelle du mythe.
Poids de l'interdit L'interdit qui pèse sur les oeuvres de Britten et colore immanquablement l'identité de ses héros, est renforcé par le cadre légal à son époque. Toute évocation ou description d'une relation homosexuelle est punie par la loi britannique jusqu'en 1967. Le procès d'Oscar Wilde et son humiliation publique, sont encore dans les mémoires. Contexte qui nous semble aujourd'hui terrifiant quand ont été célébrées officiellement les noces d'Elton John, après que le mariage homosexuel ait été autorisé. Pour Britten, à l'endroit de Grimes, il s'agit moins d'un homosexuel en prise avec la morale de son temps, que du conflit habituel sur la scène lyrique, de l'individu opposé au système ; et sur le plan psychologique, la complexité tragique d'un personnage, sombre et solitaire, impuissant à exprimer ses sentiments : observateur du bonheur des autres et non acteur de sa propre destinée. Pour Britten, Grimes donne le prétexte d'une lecture de la folie humaine : haine sadique de la société, passivité et démence du protagoniste. Le soupçon d'infanticide à l'endroit du héros, aiguise d'autant plus la noirceur du tableau. La suite de l'écriture de Britten met en scène des héros solitaires, accablés par le poids du secret. Chaque nouvel opéra, est un acte ajouté au chapitre de la tragédie personnelle : comment vivre avec le poids d'un secret où la perte de l'innocence, le poison d'une malédiction suggérée jamais dite explicitement, l'expérience des pulsions homosexuelles, en particulier pédophiles, disent ce mal-être imperceptible dont la tension conflictuelle donne son étoffe au héros lyrique ? Albert Herring, Billy Budd, Le tour d'écrou, Owen Windgrave, Mort à Venise disent cette obligation de l'être à nier au non de la morale, sous la pression de la société permissive et puritaine, l'expression de ses fantasmes les plus intimes. Et dans ce paysage diffus, où le refoulé exacerbe l'angoisse de vivre, l'amour des jeunes garçons aggrave encore une situation qui avoisine le souffre.
Le War Requiem, opus 66 est un requiem non liturgique composé par Benjamin Britten. Cette œuvre vocale exige trois solistes (soprano, ténor, baryton), un chœur, un chœur d'enfants, un orgue, et deux orchestres (un grand orchestre et un orchestre de chambre). Son exécution demande environ 85 minutes.
Genèse de l'œuvre. Le War Requiem fut créé le 30 mai 1962 pour la reconsécration de la cathédrale de Coventry, détruite pendant la guerre par des bombardements. La cathédrale avait été reconstruite sur un plan de Basil Spence et l'œuvre de Britten lui a été commandée pour la cérémonie d'inauguration de celle-ci. Pour cette cérémonie également Michael Tippett écrivit un opéra: King Priam.
Il ne s'agissait pas pour Britten de réaliser une œuvre exaltant l'armée britannique victorieuse. Bien plutôt, il y vit une occasion de manifester son rejet de la guerre et de ses atrocités. C'est ainsi qu'il eut l'idée brillante d'associer le cérémonial du Requiem romain à la poésie de Wilfred Owen. Ce dernier, poète bien plus connu en Angleterre qu'en Europe continentale, était un des mieux à même de témoigner de l'horreur de la guerre dans la mesure où, engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale, il avait eu à payer le plus lourd tribu à celle-ci. C'est dans les tranchées des Flandres qu'il écrira un texte d'une amertume cuisante sur ce qu'il vivait en tant que soldat de l'armée britannique, avant de mourir le 4 novembre 1918, une semaine avant l'armistice. Ajoutons à cela qu'Owen était de notoriété publique homosexuel et l'on comprendra que Britten avait trouvé là exactement la sensibilité qu'il cherchait à donner à son œuvre.
La distribution prévue pour la création mérite d'être notée car elle manifeste bien l'intention de Britten. Elle comprend en effet un baryton allemand (Dietrich Fischer-Dieskau), une soprano russe (Galina Vichnevskaïa), ainsi qu'un ténor anglais (Peter Pears). Conçu dans une ambition de réconciliation et de devoir commun de tous les peuples d'éviter la réitération d'un tel conflit, le War Requiem est une méditation, parfois extrêmement douloureuse, sur les pertes suscitées par les guerres et qui n'épargnent personne.
Première et autres représentations. Pour la première, il était prévu que les solistes soient Galina Vichnevskaïa (russe), Peter Pears (anglais) et Dietrich Fischer-Dieskau (allemand) afin de montrer un esprit d'unité. Malheureusement l'URSS ne permit pas à Vishnevskaya de se rendre à Conventry pour le concert et elle fut remplacée au dernier moment par Heather Harper.
La première a eu leu le 30 mai 1962 dans la cathédrale reconstruite de Coventry avec l'orchestre de la ville de Birmingham et l'ensemble Melos. Cette représentation a été dirigée par Meredith Davies et le compositeur. Il y a eu un profond silence entre les dernières notes et les applaudissements mais ce fut un triomphe. Après la première, Britten écrivit à sa sœur au sujet de sa musique : « J'espère que cela fera réfléchir un peu les gens ». Britten a mis sur la page de titre de la partition cette citation de Wilfred Owen: « My subject is War, and the pity of War / The Poetry is in the pity ... / All a poet can do today is warn. »
La première de l'hémisphère sud eut lieu à Wellington en Nouvelle-Zélande le 27 juillet 1963. Elle est jouée par l'Orchestre national de Nouvelle-Zélande et la Royal Christchurch Musical Society avec pour solistes Peter Baillie, Graeme Gorton et Angela Shaw. Le chef d'orchestre était John Hopkins. La première nord-américaine eut lieu ce même jour à Tanglewood avec Erich Leinsdorf dirigeant le Boston Symphony Orchestra avec comme solistes Phyllis Curtin, Nicholas Di Virgilio, Tom Krause et avec le Chorus Pro Musica et le Columbus Boychoir.
La première néerlandaise eut lieu pendant le Holland Festival en 1964. Le Concertgebouw Orchestra d'Amsterdam et le Chœur de la Radiophonie hollandais étaient dirigés par Bernard Haitink ; l'orchestre de chambre (composé de musiciens du Concertgebouw Orchestra) était dirigé par Britten lui-même. Les solistes étaient Vishnevskaya, Fischer-Dieskau and Pears, dans leur première apparition publique ensemble.
Une interprétation de ce requiem a été jouée par l' English Chamber Choir à Your Country Needs You, un événement rassemblant des voix s'opposant à la guerre organisé par le The Crass Collective en novembre 2002.
Britten traite après Visconti, le sujet rédigé par Thomas Mann. Le désir de l'adulte pour l'enfant, son regard contemplatif provoque ici une résolution inverse. Le sujet désiré n'est pas sacrifié. Rongé par le remords et la culpabilité, c'est l'adulte désirant qui succombe à la terrible vérité de ses fantasmes pédophiles. En esthète impuissant, Aschenbach reste fasciné, "médusé" au sens propre, par la beauté apollinienne du garçon Tadzio. L'adorateur semble écartelé entre l'aspiration à la beauté et la crudité charnelle qui compose aussi sa coupable attraction. En décidant de se taire toujours, Aschenbach semble avoir choisi l'autodestruction et l'anéantissement. Chaque silence dicté par le remords, quand paraît le jeune adolescent, est semblable à un coup de poignard. Et chaque regard désirant se retourne contre lui : il se transforme en lente agonie. Britten a remarquablement illustré l'évolution de la contemplation vécue par Aschenbach, en ses débuts spirituelle et esthétique, ensuite confusément trouble et sexuelle (le cauchemar de la Bacchanale dans lequel Aschenbach rêve qu'il rejoint Tadzio) : l'apollinien, le bacchique... au final, dans une vision pessimiste, l'idéalisme et le spirituel sont corrompus par le poison du désir...
Golo Mann : de Doktor Faustus à "Death in Venice" Avant de mourir en 1955, Thomas Mann aurait reconnu que, si son Doctor Faustus devait être porté à l'opéra, il n'y aurait qu'un musicien capable de le faire : Benjamin Britten. Or depuis janvier 1971, le compositeur qui se sait condamné, -il souffre d'une insuffisance de l'aorte : endocardite-, souhaite écrire un dernier opéra, "pour Peter". Britten a bien connu l'un des fils Mann, Golo, à Brooklyn, pendant son "exil américain". Les deux hommes se retrouvent et Golo Mann, lui souffle l'idée d'adapter" Mort à Venise" que Visconti réécrit pour le cinéma.
Britten partage avec Thomas Mann, la fascination pour la ville suspendue sur les eaux : objet des fantasmes les plus poétiques, la Cité offre aux créateurs la matière au rêve, tant recherchée par les artistes. C'est moins la Cità que les plages du Lido, cette longue bande de terre entre deux mers, qui suscite chez Mann, la révélation de la beauté, dans la figure du jeune Tadzio qui lui semble être dans sa primitive et juvénile beauté, l'incarnation renouvelée des dieux. Une telle expérience esthétique devait évidemment marquer profondément Britten qui y trouve, au bord de sa vie, l'expression exacte de sa propre expérience, artistique et intime.
Dès octobre 1971, le compositeur et son compagnon, Peter Pears sont à Venise. Mais le processus créatif, hier si fluide, demande au Britten malade et amoindri, davantage de temps et de concentration. On sait que Mann rédigea sa nouvelle au moment où Gustav Mahler trouva la mort, en 1911. Les deux événements, écriture du roman décisif pour Britten et décès d'un compositeur admiré, augmentent l'attraction du musicien pour le texte de l'écrivain. L'année 1971 est marquée aussi par l'engagement, le dernier, de Britten dans la conduite musicale de son festival d'Aldeburgh : il interrompt la composition de "Death in Venice", pour s'immerger dans les Scènes de Faust de Robert Schumann, dont la réalisation au concert reste mémorable, comme en témoignera Dietrich Fischer Dieskau qui chante dans la production.
En 1972, le travail redouble pour l'opéra. Britten s'est assuré la complicité de sa librettiste Myfanwy Piper. L'action est portée par le rôle central d'Aschenbach, chanté par Pears : ses monologues, accompagnés sobrement par le piano, structurent toute la narration. Autour de lui, sept personnages paraissent, tous incarnés par le même interprète. Chacun compose diverses facettes d'une même force souterraine dont l'activité conduit en un rituel initiatique, Aschenbach vers la mort. Chacun est un thuriféraire qui l'aide à passer les portes de l'au-delà, traverser le styx, passé de l'autre côté du miroir. Observateur et contemplateur, Aschenbach regarde l'éphèbe Tadzio et sa famille qui ne chantent pas : pour stigmatiser le monde dans lequel ils évoluent, un monde dans lequel en réalité, ne pénètre jamais Aschenbach, Myfanwy Piper imagine la danse. Tous animent ainsi une chorégraphie dont le monde est parallèle à celui du héros, Aschenbach.
Synopsis Opéra en deux actes (Acte I) Scène I : Aschenbach solitaire traverse le cimetière de Munich. Sa femme est morte et sa fille vient de se marier. Un voyageur lui rappelle la fascination pour Venise. Il décide de s'y rendre. Scène II : arrivée dans Venise, transfert crépusculaire vers le Lido. Scène IV : accueil du directeur de l'Hôtel des Bains au Lido. Au moment du dîner, Aschenbach voit pour la première fois le jeune Tadzio : des sonorités orientales et mystérieuses qui rappellent le Gamelan, expriment la beauté foudroyante du garçon et l'impossibilité pour son adorateur d'exprimer aucun mot. C'est la musique qui évoque le choc de la vision. Scène V : sur la plage du Lido. Aschenbach continue d'être traversé par son désir pour le jeune éphèbe. Il programme de partir mais une erreur d'enregistrement de ses bagages retarde son départ. Peu à peu, le climat étouffant de Venise se précise. (Acte II) Scène VIII : après s'être rendu chez le barbier, Aschenbach a la confirmation que Venise est le foyer d'une épidémie de choléra. Laquelle est tenue secrète par les autorités de la ville. De fait, le vieil homme succombe à la maladie comme il est terrassé par l'ivresse des sens que lui a causé, la beauté révélée de l'adolescent polonais, et la confusion et la folie qui se sont emparées de lui. Scène XIV : Aschenbach sur la plage du Lido contemple à nouveau son idole. Il assiste au départ de la famille inquiète face à la diffusion du choléra. Aschenbach se morfond sur sa chaise, seul. Il meurt sur les accords de l'hymne à Apollon. Les résonances incantatoires et célestes du vibraphone semblent l'emporter.
Peter Pears indique l'importance que revêt "Death in Venice" pour Britten, lui-aussi aux portes de la mort lorsqu'il compose son opéra : l'ouvrage résume la quête artistique et personnelle du compositeur, en ce sens, la partition peut-être considérée comme son testament.